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Cinéma:A la poursuite d’un fantôme égyptien

Le fantôme n’est autre que Saâd (Ahmed Ezz) qui part en cavale pendant les quatre-vingt-dix minutes du film. Saâd, Assaâd, Omar, Hossine…les noms se multiplient mais rien ne prouve que c’est vraiment le sien. Sans nom, notre héros ignore tout de son passé. Avec une mémoire perdue et une accusation de meurtre sur le dos, il nous emmène avec lui à la recherche de son identité avec pour seule piste, le téléphone portable et l’agenda du défunt.

Dans son aventure, il rencontre d’abord un visage familier qui est celui du pire ennemi Abdessamad ( Salah Abdellah), un étranger qui devient l’ami fidèle Souleimane (Mahmoud Abdel Moughni) puis Ahlam (Zeina) une fille solitaire qui le prend pour le prince charmant tant attendu. Dans la mémoire vierge de Saâd, de vieux souvenirs refont surface. Des visages, des noms, des faits, des dates et des lieux…sont autant de souvenirs qui indiquent à notre héros le chemin à suivre pour se reconnaître. A sa grande surprise, à la nôtre aussi, il réalise qu’il n’est qu’un pion dans un sale jeu. Son destin est entre les mains de monstres déguisés en personnes respectueuses. Réaliste et tragique, le film met à nu les rouages du jeu impitoyable du pouvoir et d’argent dans la société égyptienne, une société où le riche s’épanouit aux dépens du pauvre. Il dévoile ainsi la corruption, l’injustice, l’abus de pouvoir, l’oppression, la cupidité…qui ont remplacé les bonnes valeurs de l’homme.

Dans ce magma, le spectateur se retrouve dans un imbroglio où il est difficile d’imaginer ce qui suivra. Rien ne peut être prédit dans le scénario bien cousu de Wael Abdellah qui ne laisse guère le public deviner la fin. Maître de son texte, il ne révèle que ce qu’il veut. Pas moyen de lire entre les images pour trouver un indice. Les scènes se suivent et s’entremêlent dans une continuité saccadée. La succession dramatique est doublée de scènes d’action et de poursuites qui prêtent au film des traits de thriller et de polar, lui donnant ainsi une touche particulière. Avec l’intrigue passionnante, tantôt tragique, comique et même romantique, il est difficile de cerner le genre de ce long-métrage mouvementé. La même dynamique, on la retrouve dans l’image. Les séquences de combats, d’explosion, de meurtre, d’accidents… et autres effets spéciaux sont réalisés avec une technique irréprochable. L’introduction de flash-back s’opère avec un grand soin et l’émotion ressentie atteint une perfection inégalée. Le tout est dirigé avec un concept nouveau et original propre à Amr Arafa, un cinéaste qui marque la nouvelle vague du cinéma égyptien.

Dans « El Shabah », le public aura rendez-vous avec un Ahmed Ezz hors pair qui nous fait découvrir et redécouvrir son talent avec subtilité. Sensible et fort à la fois, il joue en même temps le rôle du dur mais aussi de l’amoureux, prouvant ainsi qu’il peut enfiler plusieurs costumes à la fois. Son charme irrésistible et son charisme lui font gagner non seulement la confiance des autres personnages dans le film mais aussi l’admiration des spectateurs.

Zeina, de son côté, est une jeune fille innocente. Ses airs naïfs cachent une actrice redoutable, débordante d’énergie et de tendresse. Romantique à volonté, elle communique bien son émotion sur écran. On y croit avec plaisir ! Mahmoud Abdel Moughni, qui s’est illustré dans le rôle du terroriste dans « Dam Elghazal » se fait de nouveau remarquer dans le rôle de Souleimane. Déchiré entre la noblesse de son amitié et la croissance de son avidité, il fait preuve d’une intensité dramatique et comique. L’ancienne génération des acteurs égyptiens est également présente dans le film avec Salah Abdellah qui se glisse sous la peau du méchant. Il poursuit, torture et tue…tous ceux qui se mettent sur sa voie vers la fortune. Avec ce côté inhumain, l’acteur traduit une certaine profondeur psychologique très recherchée. L’interprétation prenante, l’intrigue mouvementée, le scénario passionnant, la direction artistique sans faute…sont autant d’éléments avec lesquels le public d’El Shabah sera pris dans un engrenage sans fin.


A propos du réalisateur On l’a déjà connu avec la comédie « Arabi taârifa », le film d’aventures « Africano », les comédies romantiques « Assefara fi Alêmara » et « Jaâltani moujriman », Amr Arafa se met de nouveau à l’ ?uvre avec « El Shabah ». A travers cette courte expérience, Amr Arafa touche à tout. En six ans, il a réussi à prouver qu’il maîtrise tous les genres cinématographiques.

Ce jeune cinéaste n’est pas venu à la scène artistique par hasard. Introduit au métier par son père, le grand réalisateur Saâd Arafa, il représente aujourd’hui en compagnie de son frère Chérif Arafa la nouvelle génération des faiseurs de cinéma égyptiens. Influencé par les grands noms du cinéma pharaonique, il entame lentement mais sûrement une grande carrière. Dans son prochain film, Amr Arafa dirigera Adel Imam qui l’a choisi après le succès d’El Shabah. Par Khadija smiri | LE MATIN

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