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Energie:Le pétrole taquine les 125 dollars le baril

Le baril de pétrole taquinait jeudi le seuil de 124 dollars à New York, tandis qu’à Londres il a inscrit un nouveau record à 122,79 dollars, poursuivant une course en avant dont l’élan et la rapidité laissaient perplexes la majorité des observateurs. Le Brent de la mer du Nord pour livraison en juin a inscrit mercredi un nouveau record de 122,79 dollars à Londres, améliorant d’un cent sa performance de la veille. A New York, les prix ont atteint mercredi le prix record de 123,93 dollars. Hier jeudi, les cours s’échangeaient à 122,70 dollars à Londres et 123,71 dollars à New York. Depuis février dernier, les cours sont dopés par la chute du dollar et les menaces géopolitiques qui affectent l’approvisionnement du brut.

De plus, les tensions sur les cours pétroliers avaient été alimentées par la décision de l’OPEP de maintenir inchangé son niveau de production de brut, jugeant que la flambée des prix n’était pas due à un problème d’offre. Le dernier bond en avant des prix du pétrole paraît d’autant plus remarquable qu’il est déconnecté des mouvements du dollar. En effet, le billet vert a repris nettement du terrain sur l’euro depuis quelques jours (il évoluait à 1,5347 dollar contre un euro jeudi, loin de son record de la mi-avril), ce qui en théorie aurait dû peser sur les prix du pétrole. Le regain de vigueur du dollar érode le pouvoir d’achat des investisseurs munis d’autres devises.

Amorcé vendredi, ce dernier bond des prix du pétrole a été provoqué par des craintes sur l’offre au Nigeria et un regain de tensions géopolitiques au sujet de l’Iran, quatrième producteur mondial de brut. Outre le faible niveau des stocks et les limitations en termes de capacités de raffinage, conjugués à la vigueur de la demande en provenance des pays émergents comme la Chine et l’Inde, les tensions sur les cours pétroliers traduisent le poids de plus en plus important de la spéculation sur les marchés financiers internationaux, alimentée par la persistance des tensions géopolitiques au niveau des principales zones de production stratégique.

En effet, malgré les pressions baissières sur la demande, suscitées par une croissance économique plus faible dans les pays de l’OCDE, les projections de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) tablent toujours sur une demande globale de pétrole en 2008 de 87,5 millions de barils/jour (mb/j) tirée par le niveau soutenu de la demande manifestée par les pays émergents et en développement. De son côté, l’offre mondiale est dépourvue de marges de manœuvre. Au vu des niveaux de prix enregistrés en ce mois, il est vraisemblable que la tendance haussière des cours pétroliers se poursuive de façon ininterrompue pour tester de nouveaux hauts historiques.

Ces perspectives se trouvent corroborées par l’évolution du dollar qui amenuise le pouvoir d’achat des recettes pétrolières et constitue de ce fait l’argument majeur implicitement pris en compte par les producteurs de l’OPEP quant au maintien des quotas de production de ses membres. Outre l’absence de soutien à la production mondiale de pétrole de la part de l’OPEP, les développements observés sur les marchés financiers, avec une forte activité sur les marchés des produits dérivés inhérents aux matières premières dont notamment le pétrole, laissent apparaître le rôle de plus en plus renforcé de ces produits comme placement refuge contre l’accentuation des tensions inflationnistes déjà à l’œuvre. Non moins important, le scénario de baisse de la croissance mondiale, considéré comme un facteur devant favoriser la stabilisation des cours mondiaux de pétrole, s’est avéré d’un impact limité.

Inextricablement, les cours évoluent actuellement au-dessus de 120 dollars/baril et pourraient franchir de nouveaux paliers en cas d’incidents climatiques et/ou géopolitiques affectant la capacité de l’offre mondiale de produits pétroliers. Dans un tel élan, "le seuil de 125 dollars le baril va être le prochain grand test", prédit-on.


Les cours jouent au brut Actuellement, il apparaît difficile de prévoir jusqu’où les cours pétroliers peuvent remonter. Les seuils de résistance semblent à cet effet de plus en plus faciles à franchir et il n’est pas surprenant d’imaginer un cours pétrolier évoluant au-dessus de 130 dollars le baril en cas d’une poursuite des tensions sur l’offre et d’une accentuation des incertitudes géopolitiques au niveau des zones pétrolières stratégiques. Par ailleurs, la situation actuelle se caractérise par le fait que les cours de l’ensemble des produits de base évoluent en concert de sorte que la hausse enregistrée au niveau des prix de l’énergie se transmet également aux produits agricoles via le développement des agrocarburants.

En effet, la hausse des cours pétroliers a conduit plusieurs producteurs agricoles à allouer des surfaces additionnelles pour la culture du blé et du maïs, voire même de la canne à sucre, destinées à la production de l’éthanol. Par Abdelali Boukhalef | LE MATIN

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