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FAIT DIVERS:Escroquerie à grande échelleUne pile de plaintes déposées au niveau de différentes brigades de police judiciaire dans plusieurs villes du pays, des enquêteurs par dizaines guettant la moindre manifestation d’une bande d’oiseaux pas comme les autres : c’était l’une des affaires qui avait caractérisé l’année 2007 et qui avait mobilisé un effectif policier important, dans toutes les villes où la bande avait frappé. Côté victimes, il ne s’agit pas de particuliers ayant été agressés sur la voie publique, mais plutôt des entreprises - et des grosses même - qui se sont fait avoir par le stratagème de la bande à Mounir. Ainsi, pas moins d’une vingtaine d’entreprises ont été arnaquées en quelques semaines, dont certaines font dans les matériaux de construction, d’autres dans le bois, le marbre, l’électroménager ou encore dans le matériel informatique. Dans cette liste interminable de victimes figurent même des enseignes ayant pignon sur rue et faisant dans les produits cosmétiques. En somme, le gang qui a signé toutes ces escroqueries avait réussi à se faire quelque deux millions de DH en marchandises. Lesquelles marchandises n’étaient, bien évidemment, pas volées, mais « dûment » achetées dans les règles de l’art. Nos amis (escrocs) couraient toujours et les victimes n’en finissaient pas de tomber. Leur procédé était bien simple, gage de sa réussite, sans aucun doute. Dans n’importe quel magasin, ou entreprise, où ils faisaient irruption, ils passaient pour de simples clients, comme les autres qui attendent leur tour pour être servis. « Ils », c’était Khalid, gérant d’une grande entreprise casablancaise, escorté de Karima, responsable financière dans la même boîte. Quelques chemises pleines de documents entre les mains, qu’ils n’hésitaient pas à consulter, et à en discuter même, en attendant leur tour, les deux malfrats jouaient le jeu de personnes on ne peut plus sérieuses. Une fois pris en charge par l’un des employés de l’entreprise victime, Khalid et Karima se présentaient sous leur fausse casquette, passaient de grosses commandes, avoisinant même les 200.000 DH parfois, sans la moindre hésitation. Ils n’avaient en effet pas de quoi se montrer hésitants. Et pour cause. Ils sont de facto pris au sérieux, car ils payeront par chèque… certifié. Y avait-il meilleure assurance pour un revendeur ? Et pour faire encore plus sérieux, les deux escrocs ne faisaient jamais dans la précipitation. Bien au contraire. Tout d’abord, ils tentaient toujours de faire baisser un peu les prix de leurs acquisitions, gratter quelques billets, ou bénéficier d’une promotion, etc. Bref, ils réagissaient comme n’importe quel responsable de société en quête de faire une bonne affaire. De plus, une fois les prix discutés et les éventuelles remises décrochées, ils ne s’empressaient pas d’embarquer leurs marchandises et de disparaître en trombe. Ce n’était pas leur truc. En effet, ils allaient même jusqu’à dire au revoir à leur interlocuteur, lui fixant rendez-vous le lendemain à telle ou telle heure, lorsque le coursier qui travaille dans leur « entreprise » se présenterait avec le chèque sur lequel figure le montant de la transaction, afin de récupérer les biens dont ils viennent de faire acquisition. Le stratagème ne pouvait que marcher… et il faut reconnaître qu’il marchait à coup sûr. Le jour du rendez-vous, le coursier en question se présente comme prévu, récupère la marchandise qu’il met dans sa camionnette, remet le chèque avec le montant arrêté la veille, récupère par la même la facture et fait ses salutations, en guise d’un « Adieu, vous ne savez pas ce qui vient de vous arriver ! ». Les opérations de ce genre se multipliaient et les mêmes histoires se répétaient, au niveau de la banque qui abrite le compte de la société fantôme. Et là, c’est la désillusion totale : « Pas d’argent, désolé, vous n’êtes pas les premiers… à mon avis, vous devriez portez plainte… ». La formule de l’employé de la banque tombait tel un couperet, une sentence sans appel, ouvrant le bal des déboires aux victimes. Les heureux escrocs, quant à eux, se la coulaient douce, se déplaçant au gré des grandes villes marocaines pour refaire le même coup à plusieurs reprises, puis hisser les voiles vers une autre destination. C’est ce qui a sans doute entravé leur capture durant plusieurs semaines. Quant les plaintes des victimes, sur le volet « modus operandi », on pensait que c’est la même histoire, si ce n’était la nature des marchandises qui différaient. Toutes les victimes se souviennent de la ravissante responsable financière de l’entreprise fictive, de sa grâce et de son charme. Tous se souviennent également du jeune gérant, plutôt sympathique et sachant placer ses mots là où il le faut. Cependant, le début de la fin allait s’annoncer les jours qui suivent, avec l’arrestation du fameux coursier, alors qu’il avait une marchandise à récupérer. Les enquêteurs finiront par identifier le reste de la bande, qui était composé, outre Karima et Khalid, de six autres malfrats, dont des receleurs. Fin de partie. L’avocat plumeur L’escroquerie pourrait s’apparenter à une contrée sans fin, tellement les adeptes de la pratique s’ingénient pour “bien faire”. Suite à plusieurs plaintes, mais surtout grâce à la perspicacité d’un avocat, Ali ne sévira plus. Notre escroc, veilleur de nuit, se faisait passer pour un avocat. Il guettait ses victimes parmi des gens déjà affligés par la comparution d’un de leurs proches devant la justice. Il s’en prenait surtout aux femmes seules, et d’une certaine classe sociale, modeste, pour ainsi dire. Le bien-fondé du choix de ses victimes est tout établi, sachant par avance que ses cibles étaient pour la plupart analphabètes, n’ayant jamais mis les pieds dans un tribunal et ne sachant que faire en pareille situation. Chose qui en faisait des proies faciles, car en quête d’une quelconque assistance, peu importe d’où elle pouvait venir. Au petit matin, une fois arrivées à terme les rondes que lui imposait son métier officiel de veilleur, dans un quartier de Benslimane, Ali trouvait le temps de rentrer chez lui, se raser, se tirer à quatre épingles, se saisir de sa serviette… bref, l’attirail complet de l’avocat en service. Au sein du tribunal, il s’adonnait à une autre série de rondes, parcourant les couloirs du bâtiment dans tous les sens, l’œil aux aguets, dans l’optique de repérer une victime potentielle. Une fois localisée, il l’abordait. Ali se met alors à jouer son rôle d’avocat, conseillant comme s’il était l’un des occupants du temple, rassurant avec sagesse, comme savent très bien le faire les hommes en robe noire en phase de recrutement. Une fois sa victime mise en confiance, il abordait le volet autour duquel est montée toute cette mascarade : l’argent. Disons plutôt une petite avance sur les honoraires qu’il est censé percevoir, vu qu’il est désormais engagé par la victime pour défendre son proche. Pour ne pas éveiller les soupçons, il insistait sur la nature de la somme remise, que celle-ci n’est qu’une partie du cachet, le temps que les choses soient rentrées dans l’ordre et en attendant de se retrouver dans « son » bureau pour tout mettre sur papier. En fait, ses victimes ne le revoyaient plus jamais. Par Abdelhakim Hamdane | LE MATIN |
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