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Fait divers:Le meilleur ami de l’homme

Marrakech, une ville qui bouge, depuis quelques années déjà. Une ville qui évolue et où tout évolue. Il ne s’agit pas seulement de la ryadmania, la jet-setmania ou, tout simplement, la hrigmania de façon réglementaire, nord-sud cette fois-ci, via Jet For You moyennant 600 DH, plutôt que des patéras meurtrières sud-nord dont le coût dépasse allègrement les 30.000 balles. Le hrig est indiscutablement plus coûteux quand il s’agit de grimper vers le nord. Les nouveaux harraga à destination de Marrakech (et non pas à destination du Maroc) ? Ce sont ceux qui ont foiré sur leur parcours, dont la (sous) qualification n’est d’aucune nature à leur garantir un emploi stable dans leur pays d’origine (la France principalement), et qui viennent - à Marrakech - au Maroc vendre leur tchatche, adoptant l’attitude du colonisateur qui parle au bougnoule. Vraisemblablement, et malheureusement, cela semble fonctionner. Face à une population de jeunes sous-instruits qui a adopté le complexe du colonisé, sans avoir vécu cet épisode épique de l’Histoire du Maroc où le Marocain était fier et indomptable face au colonisateur, cela ne pouvait que carburer. Outre le département de l’éducation, ils sont plusieurs à porter le chapeau de cette amère réalité. Bon partage !

Mais, au moins, sur ce plan, Marrakech a la latitude d’équilibrer les choses à caractère migratoire. Pour ceux qui pensent que l’on s’égare des faits d’un fait-divers, ils n’ont pas forcément raison. Car, toute évolution, quelle qu’elle soit, est tributaire de plusieurs facteurs évolutifs qui engendrent sa genèse. Et nous y arrivons.

Les dossiers relatifs à des arnaques savamment orchestrées par des étrangers s’empilent sur les bureaux des avocats marrakchis. Des victimes marocaines ? il n’y a que ça et elles ne sauraient se compter sur les doigts des deux mains, en plus des orteils s’il le faut, et ce ne sera pas suffisant. Sauf que ça, c’est une autre histoire à laquelle on reviendra incessamment. Le vif du sujet est que Marrakech était connue pour sa sécurité. Depuis le boom, ce n’est plus le cas. On pouvait se balader sur le boulevard Mohammed V, à pied, avec femme et enfant, sans avoir à s’inquiéter. Aujourd’hui, cela devient un exercice hasardeux. Des agressions spectaculaires ont lieu en plein jour même. La métamorphose ne pouvait livrer que ses bienfaits, entre promotion de la ville et autres.

En effet, agressions, cambriolages, vols avec violence, à la tire, à l’arraché, ont décuplé et ont de beaux jours en perspective dans cette mutation effrénée - et anarchique - que connaît la ville. La raison en est toute simple. Marrakech n’est plus aux Marrakchis. Cela n’est pas sans rappeler une ruée légendaire dont les actes se sont déroulés sur le nouveau continent, la fameuse ruée vers l’or en l’occurrence. Un épisode des USA où prospérité et anarchie allaient de pair. La même histoire se répète, aujourd’hui, puisque la cité ocre a attiré une foule « d’étrangers nationaux », en quête d’une réussite à l’évidence incertaine. Les ratages, il y en a eu à la pelle, et il fallait sauver la mise et se reconvertir. En quoi, justement, quand tout acte légal n’est pas à même de garantir le pain quotidien ? La voie était toute évidente et le statut de hors-la-loi restait la seule issue.

Aujourd’hui, l’insécurité se trouve à chaque coin de rue, de nuit comme de jour. Il devait être 10h quand Omar eut son dernier bâillement de retraité, avant de sortir de sous sa couette, pour aller prendre sa douche puis retrouver l’un de ses rendez-vous favoris : un petit-déjeuner préparé avec soin par sa femme, au rez-de-chaussée de sa villa, et qui pouvait durer toute une heure. Depuis sa retraite, Omar a fait de ce premier repas un rite religieux.

Juste après sa douche, encore en peignoir, il était face à sa garde-robe, en train de réfléchir de quoi il allait être vêtu aujourd’hui. Une visite importune se pointait, toutefois, à l’horizon. En effet, sa femme fit irruption dans la chambre à coucher. Cela n’a pas manqué de l’étonner, car, des années durant, depuis la retraite de Omar, c’est au rez-de-chaussée qu’ils échangaient leurs premiers mots de la journée. La surprise ne s’arrêtera pas là, puisque la bonne dame était sous bonne escorte : deux grands gaillards l’avaient accompagnée jusqu’à ce lieu qui représente l’intimité du couple. L’un d’eux tenait un grand coutelas entre les mains. Son associé ne tardera pas à sortir de sous son manteau le même outil, aussi convaincant puis se diriger vers Omar et lui poser l’objet métallique sur le cou.

« Vous avez deux minutes pour sortir votre argent, vos bijoux et tout ce qui a de la valeur, autrement notre visite risque de vous déplaire », lancera, en substance, celui qui tenait désormais Omar en joue. Le vieil homme, assagi par le temps, n’y ira pas par quatre chemins. Calmement, il ouvrira l’un des volets du placard, en sortira une mallette blanche contenant tout l’or que sa femme a pu accumuler durant sa courte vie. Les aboiements lointains d’un chien parvenaient à la chambre à coucher.

Omar passera ensuite à un autre volet de l’armoire pour en sortir une liasse de billets, ne représentant pas plus de 5.000 DH. « C’est tout ce que nous possédons, vérifiez par vous-même, prenez tout ce que vous voulez, mais épargnez-nous… s’il vous plaît… », leur dira Omar, sentant que sa dernière heure était arrivée. Les deux lascars seront plutôt bons joueurs, laissant leurs victimes sur-place, sans leur faire de mal, et prenant le chemin de la sortie. Les aboiements se faisaient de plus en plus forts. C’est sans doute ce qui a conduit Omar à retrouver ses vingt ans. Cela a surtout inspiré son instinct de survie.

En effet, sitôt les deux individus eurent descendu tranquillement l’escalier, n’ayant rien à craindre de deux sexagénaires, Omar, toujours en peignoir, piqua un sprint vers une deuxième sortie qu’il avait construite, pensant à l’époque que cela serait utile s’il venait à louer l’étage. Il ouvrit la porte et enjamba l’escalier donnant directement accès au jardin. Il se dirigea vers Max, qui était tout excité et qui ne cessait d’aboyer. Par réflexe, le doberman courut vers la porte d’entrée de la villa. Contents de leur butin, les deux cambrioleurs eurent la mauvaise surprise de devoir dire au revoir à Max, tous crocs dehors. Le molosse sauta sur le premier d’entre eux, lui déchiqueta le bras et lui fit tomber la lame qu’il tenait entre les mains. Sentant que l’autre intrus avait réussi à ouvrir la porte et qu’il s’apprêtait à s’y engouffrer, le chien bondit sur lui, l’attrapa de ses robustes mâchoires au niveau de l’épaule droite et le fit tomber par terre.

Max s’acharnera tour à tour sur les deux cambrioleurs, jusqu’à les laisser en sang, avant que son maître, Omar, n’intervienne pour le calmer. Le butin sera récupéré, tandis que les deux acolytes seront pris en charge par les services hospitaliers, avant d’être appréhendés par les éléments de la police judiciaire. Max bénéficiera, ce soir-là, d’un dîner bien différent de ceux auxquels il s’était habitué !

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