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La 11e édition du Festival Gnaoua lancée ce soir à Essaouira :« Je suis venu pour la musique, j’ai trouvé la magie »

C’est ce jeudi, en fin d’après-midi, que s’ouvrira la XIe édition du « Festival Gnaoua, musiques du monde » à Essaouira. Placée sous le signe de la rénovation, elle propose cette année une programmation inédite, variée, riche et enracinée dans le souci de préserver à la fois le patrimoine de la musique des Gnaoua et de renforcer l’ouverture sur les autres musiques du monde.

Attendue avec impatience, la XIe édition s’inscrit dans la continuité de la dernière édition qui a marqué une décennie d’existence d’un festival qui se place désormais comme le pionnier et, après celui de Marrakech, comme l’un des plus prisés et reconnus mondialement. Que la presse étrangère, américaine, européenne, arabe et africaine le compare à l’unanimité avec l’historique événement de Woodstock ne fait que renforcer le sentiment chez tous de sa pérennisation. « Le Festival Gnaoua, musiques du monde » conserve et renforce une dimension exceptionnelle, parce qu’il porte toutes les émotions et les espérances populaires.

La ville d’Essaouira, dont l’évolution administrative, sociale, économique et culturelle s’en est trouvée sensiblement transformée, donne à cette manifestation des couleurs et un cadre magique, elle devient une terre d’accueil pour des centaines de milliers de spectateurs qui viennent du monde entier et, notamment, de toutes les villes du Royaume.

L’année dernière, on comptait pas moins de 500.000 personnes, enthousiastes et disciplinées, on assistait à un véritable déferlement de populations débarquées dans une ville dont les infrastructures, pour avoir été renforcées au fur et à mesure de chaque édition, restent tout de même insuffisantes pour accueillir le nombre de mélomanes qui se précipitent fiévreusement et dont le nombre ne cesse de croître. Point d’orgue durant quatre jours pleins, fouettée par des vents et les sons venus d’ailleurs, Essaouira incarne alors une cité où se mêlent, sous la puissance des lumières scintillantes et des claquements musicaux, sous l’irruption incandescente d’instruments croisés et de voix chaudes, africaine, américaine, maghrébine, brésilienne, ou simplement gnaouie.

Elle devient la cité enchanteresse, envoûtante et cosmopolite parce que naturellement ouverte au monde, elle se transforme en une « cité-monde », où toutes les nationalités, les catégories d’hommes et de femmes cohabitent dans un esprit de fraternité et de partage. Le dire n’est pas sacrifier à l’angélisme sémantique.

La spécificité d’Essaouira, ville symbole de l’océan Atlantique, légende du cinéma depuis que Orson Welles, en dépit des graves difficultés financières qui le minaient alors, y a tourné en 1950 envers et contre tous, son film culte, « Othello », adaptation de l’œuvre de Shakespeare, est d’incarner la ville magique. Elle ne troque jamais son identité de cité plurimillénaire qui constituait dans les temps immémoriaux le passage obligé des caravanes de commerce, notamment d’épices, d’or et autres produits rares. Non plus l’image d’une ville de cohabitation pour les trois communautés confessionnelles, juive, musulmane et chrétienne, et ce, faisant d’une terre de tolérance qui est à son histoire ce que la grandeur est à celle du Maroc entier.

Le Festival gnaoua, musiques du monde s’inscrit bel et bien dans l’esprit d’une ville qui n’a jamais cessé de porter sur ses fonts baptismaux une dimension culturelle et artistique. Il traduit l’adéquation spatiale, historique et humaine d’une ville qui est de plus en plus un phare prisé. La présence des « musiques du monde » n’est pas un vain mot, ces dernières s’invitant dans une émotion collective et dans un esprit de partage et de communion. Les musiques du monde ne se substituent jamais à la musique des maâlems gnaouis, mais la complète, l’accompagne sur un chemin voluptueux qui est aussi une longue quête identitaire de l’humanité entière par la voie de la musique. S’il est une vérité à double dimension qu’il ne faut jamais négliger, c’est que le Festival gnaoua d’Essaouira a, pas à pas, valorisé le patrimoine enfoui, riche et quasi ignoré des grands maâlems. Il lui a donné corps et âme, il a mis en scène également un grand répertoire et les illustres noms de maâlems, jusqu’à il y a dix ans reclus dans l’oubli, surgis de temps à autres par le caprice de rares événements ou de connaisseurs.

En retour, si l’on peut dire, le Festival a reçu la consécration inespérée par un public chaque année de plus en plus nombreux et participatif, mais aussi par la vertueuse et quasi obsessionnelle volonté de ses promoteurs et organisateurs à le maintenir vaille que vaille, à lui conserver chaque année, quel qu’en soit le prix et, Dieu sait qu’il est parfois élevé, sa dimension exceptionnelle. Avec d’autres festivals étalés l’année durant, revivifiant la ville, « Gnaoua, musiques du monde » a rendu son âme à Essaouira, autrefois claquemurée et enclavée. Elle a retrouvé désormais sa vocation de terre de dialogue, et la musique en est le langage véhiculaire. Accueillir pendant quatre jours un si grand nombre de festivaliers, confondus simplement dans leur statut ordinaire d’amateurs de musiques du monde, n’est pas si aisé tant il est vrai que la règle d’une bonne gestion s’impose.

En termes d’infrastructures, la ville est débordée, mais tout un chacun y trouve à vrai dire son compte et l’ouverture régulière d’établissements touristiques nouveaux – comme notamment celui aujourd’hui du « Royal Atlas Essaouira », nouveau fleuron de la chaîne Atlas Hospitality – participe à coup sûr d’une vision de renforcement des équipements de la ville qui devient une plaque tournante du tourisme balnéaire, de la culture et des arts. Le Festival conjugue plusieurs exigences dont celle de l’encadrement des populations venues de partout, leur gestion heure après heure, la mise en place de dispositifs de sécurité efficaces, la volonté affichée de laisser également libre cours aux uns et autres, pour assurer la sérénité nécessaire au festival, tout cet aspect constitue une priorité pour les autorités de la ville, qui restent mobilisées 24/24, à pied d’œuvre aussi pour offrir les meilleures conditions à la manifestation. Et, surtout, qui incarne la vitalité et la vigueur d’une jeunesse marocaine en phase avec son temps, avocate des idéaux de paix et de convivialité, image aussi de la tolérance et d’amour.

Les paramètres divers sont là : un cadre magique et mythique, des groupes gnaouis qui incarnent le meilleur de la musique, ceux venus des quatre coins du monde, des centaines de milliers de spectateurs, une organisation méticuleuse et, sur fond d’innovation et d’originalité, une programmation quasi exclusive : du monumental Wayne Shorter Quartet, qui célèbre ses 65 ans cette année jusqu’à Kymani Marley en passant par Mohamed Derouich, Andy Narell et Fermin Juarez et Nelson Silva, le répertoire de cette onzième édition en groupes et en artistes individuels illustre une authentique quête de qualité et une réponse aux divers publics du festival. Pas moins de 28 maâlems et groupes gnaouis, pas moins non plus de 11 groupes invités et dix artistes worlds, venus d’Europe, d’Asie, d’Afrique, d’Amérique et du monde arabe.

Une palette complète, riche, diversifiée, unique en même temps et les artistes qui la composent se déploieront pour inonder la cité des Alizés, se mélanger à ses musiciens et à ses populations, bref pour créer une magique fusion qui reste à la fois le trait dominant de ce festival et la marque d’une dynamique qu’Essaouira offre à l’humanité. Steven Dougherty, envoyé spécial l’année dernier du grand quotidien « New York Times » a rapporté avec émotion sa découverte : « Je suis venu pour la musique et j’ai trouvé la magie »…

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